Tigre de papier

J’aime à savourer un petit café le matin tout en lisant L’Equipe, particulièrement quand on y parle cyclisme. L’interview de Grégory Baugé, « Qu’on crève l’abcès », parue avant-hier, m’a cependant agacé. Je m’attendais à une avancée, mais en fin de compte, des plaintes encore.

Bref retour en arrière… JO de Rio. L’Equipe de France de cyclisme sur piste affiche une modeste médaille de bronze en vitesse par équipe, acquise « à l’expérience », sans gloire. Descendus du podium, les athlètes fulminent contre la FFC ; la FFC fustige le trio Baugé-Pervis-D’Almeida. Dès lors, les articles de presse semblent se faire l’écho d’un dialogue de sourds. Personnellement, déjà avant le départ pour Rio, j’ai été dérangé par le comportement de certains sélectionnés olympiques : individualisme, arrogance et détachement face à la recherche de la performance.

Six mois plus tard, pourquoi consacrer une nouvelle page du quotidien sportif à Grégory Baugé ? Pourquoi ne pas parler de l’avenir, de ces jeunes pousses du sprint qu’on nous vend depuis la fin des JO ? Probablement parce qu’on n’est sûr de rien. Dans cet article, Grégory Baugé, roi du sprint mondial individuel en 2009, 2010, 2012 et 2015, déverse des accusations qui transpirent les regrets. Baugé apporte les premières réponses à ses propres questions. « On nous reproche nos déclarations dans la presse ? » , « On nous reproche de nous être mal comportés avec le staff ? ».

La piste en France, un sujet brûlant sur lequel j’échange très souvent avec Michel Meunier, organisateur et membre de la commission nationale piste. Vraisemblablement, toucher à une icône du sport français, cela dérange…

#GameOver

Dans un tweet posté peu de temps après sa 7è place dans le tournoi de vitesse à Rio, Grégory Baugé semblait vouloir ponctuer sa carrière d’un point final. En dépit de son absence totale et inquiétante sur les podiums depuis ses deux titres de champion du Monde début 2015, celui qui avait annoncé vouloir devenir champion olympique, s’est fait humilier par ses adversaires. Physiquement pas là, mentalement non plus. Sous l’arrogance démesurée de certains coureurs de l’équipe de France se cachait une fébrilité certaine, une part, grave, d’inconscience.

Après la débâcle, j’ai compris que les trois sprinteurs étaient devenus « persona non grata » en équipe de France…à l’image d’un Karim Benzema, membre d’un des meilleurs clubs du monde, mais qui ne rentre plus dans le moule de l’Equipe de France de football. Par ses déclarations, le DTN, Vincent Jacquet, souhaite tourner une page et donner la chance à une nouvelle génération.

Pas de fumée sans feu

Dans tout conflit de couple, les torts sont partagés. Lesdits sprinteurs ont eux aussi leurs raisons quand ils s’expriment. S’agit-il d’un manque de communication, de compréhension entre les instances et les coureurs ? A la décharge des athlètes, je reste convaincu que la réorganisation du sprint en France, mettant un terme aux deux pôles historiques, Hyères et l’INSEP, a fragilisé notre potentiel et mis fin à une saine émulation entre sprinteurs. Juste avant les JO, les entraîneurs ont été « chahutés », contexte imposant aux athlètes des conditions de préparation inconfortables. Il me semble que la sélection pour les JO ne s’est pas totalement jouée à la pédale. Des tests chronométriques entre tous les sélectionnables auraient obligé les athlètes à une préparation plus stricte. Pourquoi aussi ne pas réinstaurer des épreuves qualificatives (pré-mondiaux) comme à la fin des années 2000 ?

Certaines réflexions des coureurs m’étonnent. Par le passé, les sprinteurs de l’Equipe de France se plaignaient de n’avoir d’autres choix que de s’entraîner sur la piste de l’INSEP, 166.66 mètres, trop courte pour approcher et comparer les sensations des compétitions internationales. Aujourd’hui, les mensurations plus généreuses du vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines (250 mètres) accueillent le Centre National du sprint. Et voici que certains coureurs voudraient rétropédaler vers le Bois de Vincennes !

« Faites vos projets en silence, la réussite se chargera du bruit » (anonyme)

Les Baugé, Pervis, D’Almeida ont-ils, encore aujourd’hui, le couteau entre les dents ? Ils s’accrochent à un espoir probablement sincère, mais surtout à un statut privilégié. Mises à part les contraintes dévorantes du métier, être sportif de haut niveau, c’est la belle vie. Vivre de sa passion, être reconnu, se faire assister dans la vie de tous les jours, beaucoup en rêvent !

Grégory peut-il revenir ? Est-il prêt mentalement à redevenir, en synergie avec la FFC, le travailleur acharné qu’il fut ? Ce qui m’apparaît comme une certitude, c’est que le Guadeloupéen a des qualités extraordinaires. En jargon cycliste : une classe énorme. Ce dont je suis presque sûr, c’est qu’il n’est pas usé physiquement. N’appartenant plus à aucun cadre, il lui revient de se prendre en charge, avec ses propres deniers : s’équiper d’un vélo, s’entourer d’un entraîneur personnel, d’un kinésithérapeute, d’un psychologue du sport… S’il se sent capable d’être à nouveau le meilleur, le jeu en vaut certainement la chandelle.

En tout état de cause, ses déclarations dans la presse ne sont pas faites pour apaiser les tensions. Plus généralement, je déplore que certaines stars sportives ne s’entourent pas de conseillers en communication. Être sportif de haut niveau, c’est aussi exercer un métier d’image. C’est compliqué de revenir en Equipe de France, surtout si la politique s’en mêle (cf. article de L’Équipe)…

Une seule issue, Baugé doit refaire ses preuves et retrouver l’oeil du « Tiger ». Allez Greg, j’ai envie de te voir au championnat de France 2017 avec le même appétit qu’en février 2015 !

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