Monsieur Robert Marchand

Robert Marchand est hors norme, c’est une certitude. L’homme, 105 ans, est constitué d’un corps tonique d’octogénaire modelé successivement par la pratique de la boxe, la gymnastique, l’haltérophilie, le cyclisme. Il vient de livrer ce message fort : tout est possible…faire 22 km en une heure après avoir traversé plus d’un siècle. Bravo !

Doté sans aucun doute d’un joli patrimoine génétique, Robert Marchand démontre aussi qu’en ayant un rythme de vie sain, de l’activité physique, une médication à base de plantes, on peut vivre longtemps et en bonne santé. Oui c’est un cliché, car ça ne marche pas à tous les coups, malheureusement. Il faut aussi avoir une sacrée force psychique. J’éprouve de la tendresse pour Robert et lui voue beaucoup de respect. Je suis bluffé par son dynamisme et sa joie de vivre.

L’exemple de Robert Marchand peut servir de levier pour motiver certains à se bouger, au même moment où, dès le 1er mars de cette année, les médecins pourront prescrire de l’activité physique.

Ce record nous renvoie à des inquiétudes, déstabilise nombre de dictats, notamment celui qu’au-delà de 70 ans on n’est plus bon à rien. J’ai beaucoup d’admiration pour les anciens : ils m’inspirent sagesse et respect. Dans mon livre « Mon Heure de gloire », j’évoque mon mentor, Jackie Barjou proche des 85 ans et qui me transmet une énergie surnaturelle. Pourtant, la vieillesse n’est pas vendeuse, elle fait peur. On en écarte l’idée et les plus jeunes ont du mal à trouver en elle des repères d’identification. Force est de reconnaître que les anciens renversent nos convictions.

Robert, cycliste amateur, qui ne se définit pas comme un optimiste de nature, se ravitaille de ses rêves, dont le principal, son duel avec la vieillesse.

Hier, Robert a réussi son défi, rouler 1 heure non-stop et réaliser 22.547 km. Il me semble intéressant de revenir sur le traitement de l’évènement par la médiasphère, l’avalanche de commentaires suite aux articles de presse.

Les médias ont fait leur travail, relayé une belle histoire ; Dieu sait que je suis passionné par les histoires humaines. Toutefois, certaines dimensions peuvent mettre mal à l’aise.

Le mot clé « Robert Marchand » était la tendance hier sur les réseaux sociaux. Les médias qui, pour certains, n’ont cure du sport, se sont emparés de l’affaire dans un contexte de creux médiatique.Ce qui me dérange, c’est l’exhibitionnisme provoqué par cette manifestation. J’ai suivi le direct sur BFM TV et Twitter et ai été épaté de voir autant de personnalités cravatées poser aux côtés de leur « héros » du jour. Ne manquait que Madame la Ministre représentant la santé. Sans parler du « garde du corps » de Robert, s’offrant une pub monumentale depuis une décennie. Mais, suis-je bête, c’est le show-biz ! Il m’est passé dans l’esprit que, dans l’agitation environnante (le dépassant probablement), cet être fragilisé par le grand âge pouvait courir un danger physique ou psychologique. Les propos sensiblement infantilisants de certains commentateurs à l’égard du « grand-père », Monsieur Marchand, rappelaient ceux qu’on peut entendre malheureusement dans les couloirs de maisons de retraite. Nombreux étaient fascinés par ce qu’était en train de réaliser ce petit homme de 1m52, mais n’y avait-il pas une part de voyeurisme ? Pardon Robert ! Dans votre ouvrage « 102 ans et toujours en piste », vous exprimez votre crainte « d’être considéré comme une sorte de phénomène de foire ». 

Replaçons les choses dans leur contexte. Robert Marchand est une exception qui force l’admiration mais la performance sportive, en tant que telle, du centenaire, n’a pas le même sens que la marque de Bradley Wiggins, 54.526 km. Robert a réalisé un exploit, rouler 1 heure à vélo à plus de cent ans. Cependant l’effort n’était ni maximal ni réalisé avec un vélo de piste et accompli au-dessous de la ligne « noire » c’est-à-dire dans une zone non-réglementaire. Il n’y pas de comparaison possible à moins d’établir un rapport performance/âge… J’ai plaisir à vanter la prouesse humaine, au final le chiffre m’importe peu.
Ce qu’il faut en particulier retenir de cette extraordinaire aventure, c’est le message qui vient prendre le contrepied des stéréotypes sociaux sur la vieillesse. À suivre… Reste que, en dépit d’un buzz réussi, l’hypermédiatisation de l’évènement aurait pu dénaturer ou déshumaniser Robert Marchand. Bien heureusement, le champion est resté lui-même. Il n’aspire en fait qu’à une seule chose : devenir qui il est.

2 Comments

  1. Gatellier 6 janvier 2017 at 23 h 17 min

    Bonsoir. J’étais présent au Vélodrome. Tout ce que vous écrivez correspond exactement a ce que j’ai ressenti hier : un phénomène et, autour de lui, des opportunistes…

    Reply
    1. flamiraud 23 janvier 2017 at 9 h 58 min

      Bonjour, je vous remercie pour votre commentaire. Bien cordialement, François Lamiraud

      Reply

Leave A Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *